
Nous avions, en septembre dernier, lors de la soirée consacrée à la bande dessinée, parlé du poète haïtien James Noël. James et sa famille ont survécu au tremblement de terre. Cette grande plume naissante de la poésie francophone vient de publier, sur le site culturesud.com, un texte que nous vous invitons à découvrir.
Article par James Noel
Ici la mort saccage abondamment. Nous pleurons nos morts sans plus disposer d’une seule goutte de larme dans le corps. Plus de dix jours après le drame, les rues sont dégagées de leurs montagnes de cadavres. Les familles qui ont découvert leurs morts les enterrent sans perdre de temps dans leur cour, question d’éviter la fosse commune. Ces morts-là, ne sont pas encore déclarés. De toutes les victimes de cette fin du monde sur mesure, en saura-t-on jamais le nombre un jour ?
Les rues sont déblayées, mais les ruines mangent tout l’espace, faudrait attendre encore des semaines, voire plusieurs mois pour débarrasser la cité de tous ces bâtiments brisés, de toutes ces vies cassées en bloc sous les décombres.
Ces derniers jours à Port-au-Prince, après le séisme assassin-démolisseur de magnitude 7, les habitants se réveillent, pour ceux qui arrivent à dormir, avec le saisissement d’être authentiquement vivants. Les questions d’urgence qui se posent lors des retrouvailles… Est-ce qu’un tel ou une telle a survécu ou pas ? Si la personne a survécu, ça provoque un soulagement, sinon on accepte sans mot dire.
Plus de dix jours après, et je suis sûr que ça va me coûter la vie entière, cette tristesse insoutenable, cette perte capitale que celle d’une ville, avec ses palais et ses élus. Ses églises et ses dieux. Tous les lieux symboliques ont coulé bas (bibliothèques, musées, écoles publiques et privées) Que reste-t-il quand tout s’effondre ? Une foule éperdue qui ne sait plus sur quel pied danser. Des artistes peut-être. Des citadelles de douleur sûrement. Des rêves de tombeaux munis de masques à oxygène pour accueillir nos morts dans une éternité plus respirable.
Hier mes frères sont venus me rendre visite, m’apportant des provisions de nourritures en provenance de Hinche, où toute ma famille s’est entassée dans la maison maternelle. Il parait que cette ville n’a pas du tout été touchée, pas un seul mort, pas un blessé. Donc ma sœur sinistrée du côté de Canapé-vert à Port-au-Prince, a pris ses jambes à son cou avec son mari et ses quatre enfants pour se réfugier avec les autres membres de la famille sous le toit maternel. Un rêve que ma mère chérissait depuis toujours, celui de rassembler en même temps ses enfants et ses petits enfants. Elle envoie mes frères comme messagers pour me convaincre de retourner sans délai avec ma compagne et ma petite fille. Les sismographes prétendent que cette ville, par sa position géographique, serait toujours épargnée au cas d’un éventuel séisme. Mes frères se lamentent, on n’a toujours pas de nouvelle de Blanc, notre cousin. Ce dernier, je présume, doit être porté disparu, j’en connais beaucoup de cet ordre-là, dont jamais on ne saura comment faire le deuil. C’est le cas de l’amoureux de Sergine, Gérard Le Chevallier, un magnifique salvadorien passionné d’Haïti. Il venait d’inscrire sur sa peau un tatouage de la terrible déesse Erzulie Dantor. Les secouristes n’ont pas encore repéré Le Chevallier qui était l’une des éminences grises de la mission onusienne perdue sous les décombres de L’hôtel Christopher. Mes frères ajoutent d’autres noms propres dans mon carnet de nécrologie intime : Samanta, Liline, ainsi que l’épouse toute neuve du fils ainé de mon parrain.
Je n’arrive pas à me consoler pour l’ami Axel, ce père de famille quadragénaire qui remuait ciel et terre pour élever dans la dignité ces trois enfants, tous péris sous les décombres de sa maison à la rue Chrétien. Comment dormir sinistré avec autant de morts issus d’une même famille ?
Je pense à mon ami, l’écrivain Georges Anglade, tué avec sa femme Mireille par le séisme. La veille, il m’avait adressé un beau courrier rayonnant de mille feux, pour saluer en même temps mon retour en Haïti et la naissance de ma fille. On se promettait de trinquer nos verres à la soirée d’ouverture du festival Étonnant voyageur qui devait débuter le lendemain, mais la fête des voyageurs étonnés n’aura pas lieu en ce maudit soir du douze janvier, car Port-au-Prince était déjà une ville au soir de sa vie. Définitivement trop triste la date du douze janvier. Douze comme si toutes les heures pleuraient en même temps la perte sèche de toutes ces vies.
Que dire de la ville de Léogane ? De la ville de Jacmel ? Détruites comme des châteaux de cartes. Quelqu’un nous a appelé le lendemain pour nous apprendre que la mer de Jacmel était partie. Il y voyait des poissons morts plongés dans un fond sec. Nous craignions tous un retour en force de cette mer, le risque du tsunami, mais ce phénomène redoutable a dû se rendre compte qu’il était déjà passé par là et a laissé tomber le projet de revenir avec bruits et fureurs.
L’après tremblement de terre est une réalité, une expérience hors norme à laquelle les HaÏtiens doivent faire face avec beaucoup de fiel, pour se remettre debout, beaucoup de transcendance et de force intérieure pour se remettre et réapprendre à marcher. Je pense comme à un film d’horreur aux 200 000 blessés dont, pour la plupart, les médecins ont dû, pour faire court, enlever un bras, ou amputer une jambe. Serait-il trop tôt pour s’apitoyer devant le sombre tableau de tout un peuple d’éclopés, de veuves et d’orphelins, sans compter le lot des détraqués. Pensons à la profondeur du trauma et à toutes les folies inédites que nos pauvres têtes vont devoir encaisser.
L’année 2004 c’était hier, date marquant le bicentenaire de la république d’Haïti, mais la fête n’a pas eu lieu. Allez savoir pourquoi ? Une bonne occasion pour réveiller les fantômes parlants et pour ouvrir la boîte de pandore. Une bonne occasion aussi pour la presse occidentale d’en finir avec les clichés, de cesser d’être des ruminants d’un bricolage d’histoire, monté de toutes pièces, raconté pour elle et par elle-même. Lors de cette fameuse année 2004, le monde a retenu de nous l’image négative d’un peuple de barbares s’entre-déchirant deux cents ans après une révolution. Lors de cette même année, une tempête surnommée Jeanne la tueuse a fait plus de trois mille morts dans la cité des Gônaives. Le monde entier a dû retourner les projecteurs sur le pays. Des centaines de millions de dollars ont été promis. Des dizaines de millions ont été volatilisés avant même d’arriver dans la ville inondée. La presse internationale avait une folle compassion pour nous, mais le coup de théâtre s’est produit avec le Tsunami qui nous a volé le rôle de triste vedette sur la scène internationale. Et Haïti s’est remis de plus belle à hurler sans témoins, à pleurer dans la solitude.
C’était hier encore, en 2008, on s’en souvient, quatre tempêtes, phénomène rares dans la littérature météorologique haïtienne, ont frappé coup sur coup le pays. Les journalistes de l’univers s’excitaient pour nous une fois de plus, mais la crise économique mondiale nous a pris par-derrière. Dans cet univers en banqueroute, il était devenu presque impudique de crier au-secours.
Maintenant voici qu’arrive un séisme de magnitude 7.3, ce qui ne rentre pas du tout dans les habitudes du sol haïtien. Ce tremblement de notre tiers d’île qui a provoqué un tressaillement mondial est un test brutal pour nous les Haïtiens et un grand cri d’alerte pour le monde. Au plus fort de ces manifestations de solidarité planétaire, Haïti serait-elle encore blackboulée par une autre catastrophe qui pourrait survenir dans n’importe quel coin du globe, replaçant le pays derrières ses barreaux familiers et l’oubli coutumier ?
James Noël
Une habitante excédée par le bruit
4 février 2010 à 13:37
Bonjour à Tous,
Je veux vous donner des nouvelles du quartier rue Branly, il faut se rendre à l’évidence la circulation est à nouveau très dense le matin, il est 9h15 et les camions passent toujours.
En décembre, M le Maire a certifié dans un article publié dans le PNie que tout allait s’améliorer avec l’obligation faite aux camions de prendrela déviation, et que d’ailleurs la circulation n’était pas si importante
…il y a eu une petite amélioration, je crois, mais depuis 2 semaines le rythme est repris, les camions reviennent sur le circuit. Quelle en est la raison?
Je sais que la prochaine réunion du conseil sera déjà chargée, j’aimerais que vous puissiez signaler, pour la nième fois, que cette grosse nuisance est toujours présente pour les riverains.
Amitiés à Tous.
Une habitante qui entend trop bien le bruit.
Bihorel avec vous
8 février 2010 à 00:34
Tout comme vous, nous avons constaté que les nuisances liées à la circulation sont loin de s’être améliorées sur Bihorel en général, et aux abords de la rue Branly en particulier. Les molles déclarations d’intentions du Maire ou du préfet n’auront eu aucun résultat. Nous l’avions annoncé à l’avance, c’est pourquoi nous avions pris l’initiative d’une pétition afin de peser au maximum pour qu’enfin les bonnes décisions soient prises et qu’elles se concrétisent.
A ce propos, il a été récemment confirmé que l’Etat ne participerait pas au financement du contournement Est, ce serpent de mer agité par la quasi totalité de la classe politique locale depuis plusieurs décennies pour ne pas affronter véritablement le problème complexe des déplacements sur l’agglomération. Cela aussi, en plus de contester le bien fondé de ce projet, nous l’avions annoncé.
Alors, aujourd’hui, que faire ? Si l’actualité bihorellaise de ces derniers mois (PLU, fusion) ne nous a pas permis de poursuivre immédiatement notre action sur ce sujet, nous n’entendons évidemment pas enterrer les plus de 1 000 signatures que nous avons recueillies. Nos convictions sont toujours aussi fortes :
- le contournement Est eut été un projet pharaonique (la bagatelle de 500 millions d’euros annonçait-on…) et inefficace (80 % du trafic camion en direction de l’agglomération est « entrant », vers les zones industrielles et le port, et non de transit),
- les solutions sont multiples : interdiction des camions sous le tunnel de la Grand Mare et détournement de ces derniers sur l’ouest de l’agglomération (pont Flaubert) à hauteur de Saint Saëns ; relance de la politique de transport en commun de l’agglomération (réouverture-intensification du trafic sur certaines lignes de chemin de fer, création d’une ligne TEOR nord-sud en site propre, politique tarifaire incitative, amélioration du cadencement des lignes existantes,…).
Nous aurons prochainement l’occasion de revenir vers vous pour développer l’ensemble de ces points et vous rendre compte des actions entreprises dans les suites de la pétition.
Guillaume Avisse
Constantin Dragasès
18 février 2010 à 19:29
Tiens, revoilà la comète pétition qui fait un passage comme tous les six mois puis s’en va.
Monsieur Avisse, fait, si j’ose, dans le comique de (ré)pétition?
C.D
Constantin Dragasès
11 mars 2010 à 18:36
Je souhaiterais poser très sérieusement, une question à M. Benoît Pétel.
Monsieur Pétel, à trois jours du premier tour des élections régionales, nombre de sympathisants ou militants socialistes bihorellais ne savent toujours pas pour quelle liste voter dimanche. En effet, vous, leur grand timonier, dans un soucis écologique qui vous honore, vous êtes devenu le fer de lance socialiste de la lutte contre le projet de construction du contournement Est . Avec certains de vos camarades, au péril de vos vies et de jaune fluo vêtus, vous avez même fait circuler une pétition à ce sujet.
La liste socialiste emmenée aux régionales par M. Alain Le Vern, soutenue en cela par M. Laurent Fabius, place la réalisation de ce contournement Est parmi les priorités de son programme, d’où un certain désarroi chez les électeurs socialistes bihorellais.
A quelques heures de la fin de la campagne du premier tour, cher Benoit, vous ne pouvez laisser le peuple de gauche bihorellais ainsi désorienté.
Alors Monsieur Pétel, pour qui appelez vous à voter dimanche prochain?
C.D
Ps : comme votre blog n’a pas bougé depuis le 22 février, si je vous ai réveillé, pardonnez-moi.