img_5128.jpgUn P.A.D.D est avant tout un PROJET DE VILLE, UN PROJET DE TERRITOIRE.

Clé de voûte des P.L.U, cette partie du document se doit d’être accessible à tous et d’exprimer la politique urbaine de la commune pour les années à venir.

Nous ne trouvons pas dans le document pour Bihorel la traduction lisible, évidente d’un projet de ville. Sur la forme, les trois orientations proposées sont très généralistes et leur développement présente peu d’applications concrètes sur le terrain. Ce document ne répond que faiblement aux attentes des Bihorellais pour l’avenir.

Basé sur un diagnostic incomplet, voire irréaliste sur les questions essentielles, ce PADD se présente comme une énumération de vœux pieux, voire de contradictions :

> Refusant d’admettre que la diminution de la population est explicable à la fois par des réalités démographiques nationales (vieillissement de la population, diminution du nombre de personnes par ménage,…) et par l’histoire de notre commune aujourd’hui complètement urbanisée, le PADD devrait relativiser la perte de population et ainsi proposer une vision équilibrée en matière de production de logements.

> Refusant de reconnaître les contraintes importantes en termes de qualité de vie, de tranquillité et de santé publique que pose l’utilisation de notre territoire comme un couloir de circulation à l’échelle de l’agglomération, ce PADD se trouve dans l’impossibilité d’être un outil d’expression claire de la volonté communale pour tous les partenaires concernés. Il ne peut pas être la traduction d’une volonté politique et urbaine indispensable pour que soit remis en cause des fonctionnements de circulation qui pénalisent fortement les habitants de Bihorel.

> Refusant de reconnaître les déséquilibres et les manques en termes d’équipements, qu’ils soient publics ou commerciaux, et de services entre les trois quartiers, ce PADD se trouve dans l’impossibilité de programmer la création de structures permettant de soutenir la vie sociale de tous les quartiers.

> Refusant de reconnaître que le caractère verdoyant de Bihorel repose essentiellement sur les jardins privatifs et que les espaces publics manquent de végétalisation (rues) et de valorisation (places), il est impossible de programmer des opérations d’aménagement structurantes à l’échelle du territoire.

Loin de vouloir mettre Bihorel sous une cloche, nous regrettons au contraire le manque d’ambition de ce document.

Si nous ne pouvons qu’approuver la « philosophie du projet » (page 4) : « assurer le passage d’un territoire à trois polarités sans articulation à une ville de cohésion territoriale et fonctionnelle », il est regrettable de constater que le reste du document n’énonce aucun moyen de mettre en pratique cette belle idée.

Comment ne pas être d’accord avec les trois grands principes généralistes qui constituent l’essentiel du document ? Et pourtant…

1. Protéger et valoriser le cadre de vie, les paysages et les bâtiments emblématiques :

Première orientation très consensuelle, mais comment peut-on parler de protéger de cadre de vie et envisager tranquillement de compromettre ce qui fait le premier élément constitutif de ce cadre de vie recherché, ce qui fait l’urbanité de Bihorel, à savoir son noyau urbain ancien et structuré, autour de sa mairie et de son église. Alors que beaucoup nous envient ce noyau central, ce côté « village », comment accepterions-nous, sans état d’âme, de le voir remis en question par un projet pharaonique de 200 logements sur un îlot de 5 000 m2 seulement ? (le bulletin de Darnétal du mardi 17 mars 2009).

Si ce PADD se donne comme objectif de préserver notre cadre de vie, alors qu’il nous dise clairement comment il entend « conforter le centre du vieux Bihorel dans sa fonction de cœur de ville » (page 6), sans compromettre ce qui fait son charme et son attractivité.

Affirmer la cohésion de la ville en renforçant l’attractivité des quartiers constitue incontestablement une bonne orientation. Protéger certes, mettre en valeur le patrimoine construit et végétal, tout le monde est d’accord, mais cette orientation rentre rapidement en contradiction avec le point numéro 2 du PADD.

2. Assurer un développement maîtrisé et de qualité :

Personne ne peut ignorer le phénomène de décroissance démographique que connaît Bihorel depuis des années. La comparaison avec des périodes de fortes constructions que la commune a connues, est évidemment impossible.

Si nous comprenons le souci de la collectivité de rechercher des moyens, non pas « d’arrêter l’hémorragie » (quelle vilaine expression, Bihorel est décidément bien malade !!), mais seulement d’accueillir de nouvelles populations, nous tenons à réaffirmer les fortes contraintes du territoire et en particulier sa faible superficie. Aujourd’hui, les réalités sont différentes et nous ne retrouverons jamais la dynamique des années de constructions au Plateau des Provinces ou au Chapitre.

Nous notons avec intérêt que l’objectif démographique envisagé est maintenant fixé à 9 000 habitants. Si le chiffre a été revu à la baisse, il n’en demeure pas moins que cet objectif impose la construction ou la réhabilitation de plusieurs centaines de logements (si on s’appuie sur le diagnostic).

Les moyens pour permettre cette stabilisation du nombre de logements sont peu développés. Nous voyons mal comment tous ces logements pourraient être réalisés sur les petites taches figurant sur la carte page 9 et appelés « secteurs à potentiel de recomposition urbaine ». Ces secteurs ne représentent que quelques hectares disponibles, faut-il entendre qu’ils seront l’objet d’une forte densité pour autoriser tous ces logements nécessaires pour maintenir 9 000 habitants ?

Ainsi, il apparaît clairement que cet objectif de maintien de population passe par une densification obligatoire du tissu urbain.

Cependant, ces évolutions ne se décident pas d’un coup de baguette magique ; l’offre de logement sur Bihorel est essentiellement d’essence privative, la collectivité ne s’étant que peu investie dans la création de logements. Il semble regrettable de noter que même cet objectif restera probablement un vœu pieux. Si vraiment la commune souhaite attirer de nouvelles populations, jeunes de surcroît, peut-être devrait-elle envisager des partenariats avec des bailleurs sociaux, sur des secteurs beaucoup moins compliqués que le centre du vieux Bihorel, opération tellement longue et lourde aussi bien humainement que financièrement à mettre en place, que la collectivité risque fort de mettre toute son énergie, son temps et son argent dans une entreprise sans résultat.

C’est cette méthode que nous contestons, pourquoi concentrer notre énergie sur un seul programme à très long terme, alors que la demande est urgente ?

Pourquoi ne pas imaginer plutôt de petites opérations de 20 logements réparties sur l’ensemble du territoire, plutôt que 200 logements sur un seul îlot en centre ville ? Un repérage précis des terrains susceptibles de mutations, un droit de préemption exercé à bon escient, et surtout une implication pour créer des logements avec des bailleurs sociaux si l’offre privée ne se réalise pas. Voilà ce que nous préconisons. Il est vrai que nous avons 30% de logements sociaux. Et alors, connaît-on d’autres moyens d’attirer des familles jeunes aux revenus moyens ?

Un travail de renouvellement urbain en finesse, plutôt qu’une politique de la table rase qui ne se pratique plus nulle part depuis des années. Le renouvellement urbain, n’implique pas automatiquement des opérations importantes de démolitions-reconstructions comme on nous le propose page 8, juste après avoir affirmé qu’il fallait préserver l’aspect « village » du vieux Bihorel !!

3. Conforter l’offre économique et commerciale

Soutien aux zones économiques existantes, recherche de l’exemplarité environnementale, maintien des activités dans le tissu urbain, renforcement de l’offre commerciale en centre ville…..

Nous nous répétons mais, comment ne pas être d’accord avec ces bonnes intentions ! Ce PADD nous dit cependant que la priorité sera donnée à l’action publique notamment sur la qualification des espaces publics sur les pôles commerciaux existants » : voila une très bonne nouvelle, les trois secteurs (Centre Commercial Kennedy, Champion, aujourd’hui Carrefour MarKet, Centre Commercial du Chapitre) devraient faire l’objet d’une « priorité à l’action publique ».

Mais les contradictions du document sont inquiétantes : comment maintenir l’offre commerciale de proximité en programmant un projet englobant le principal centre commercial de Bihorel, à savoir la place de l’église ? Ce secteur risque fort de voir son activité mise à mal par un programme d’une envergure aussi importante que celle évoquée par Monsieur le maire, dans le bulletin de Darnétal.

Au-delà des grandes orientations, certes importantes mais peu réalistes, dans la mesure où les moyens permettant de les mettre en œuvre ne sont pas explicités et reposent uniquement sur des contraintes auprès des particuliers, nous demandons que ce PADD soit revu afin de proposer réellement des outils d’un développement performant en termes d’identité et d’appartenance à cette ville, qui pour nous passe par :

> Une politique sociale solidaire en matière d’habitat : en faisant un repérage précis des secteurs susceptibles d’évoluer, en programmant non pas une opération hors d’échelle pour le centre ancien de Bihorel, mais en répartissant de petites opérations ciblées sur les trois quartiers (20 logements x 10 opérations au lieu de 200 sur la place de l’église).

> Une programmation de valorisation des espaces publics afin de créer véritablement une ville verte et que cette « coulée verte » permette de créer du lien entre les trois quartiers

> Une politique sociale solidaire en matières d’équipements et de services, prenant en compte le réel déséquilibre entre les 3 quartiers et engageant une réflexion prospective sur les besoins pour les années à venir (crèche, aménagement des écoles, espaces de convivialité, maison d’accueil pour les personnes âgées…)

> Une amélioration des conditions de circulation et de déplacements afin de renforcer la cohésion entre les quartiers et d’améliorer la qualité de vie. Cela doit passer par une requalification et une végétalisation des axes structurants à l’échelle de la commune, par un développement énergique des itinéraires de modes doux entre les quartiers, par une réorganisation et un renforcement des lignes de bus et plus globalement par un nouveau plan de circulation à l’échelle de la ville.

Ce PADD est une occasion ratée de répondre aux attentes, aux besoins de la population de Bihorel et de se donner les moyens de faire changer les choses, même si l’échelle de décisions dépasse naturellement la commune.

Martine Laconde.