Intégralité de l’intervention de Pierre-Alain Armand (élu PS) au Conseil Municipal du 17 décembre 2007, lors du débat préalable à l’adoption du budget pour 2008.
« Monsieur le Maire,
Dernier débat d’orientations budgétaires avant les prochaines élections municipales, sans doute avant-dernier Conseil Municipal de la mandature, c’est l’heure de faire le bilan sur ces – presque – sept années, afin que ce bilan-ci ne soit pas trop pollué par des arguments purement électoralistes qui vont forcément surgir dans les prochaines semaines.
Pour une fois, je ne vais pas parler au nom de notre groupe en utilisant le « nous » collectif qui traduisait vraiment, depuis plus de six ans, le fruit d’une réflexion collective entre nous cinq… Pour une fois, je vais me permettre d’être plus personnel dans mon intervention de ce soir.
Comme certaines et certains d’entre vous, j’ai décidé de ne pas me représenter aux prochaines élections municipales de mars 2008 :
- d’abord, parce que j’ai toujours été contre le cumul des mandats, tant dans la durée que dans le nombre. Ce cumul des mandats, qu’on retrouve aussi bien à Droite qu’à Gauche, est aujourd’hui un véritable obstacle au renouveau de la classe politique dont a besoin notre démocratie.
Je pense sincèrement que 13 ans de durée de mandat municipal – sept ans dans la mandature actuelle plus six ans dans la mandature 2008 – 2014, c’est long, c’est beaucoup trop long et ce quel que soit l’âge du conseiller, ou du maire au début de son premier mandat.
- deuxièmement, parce qu’il est probable que ma vie professionnelle me donne, dans les années à venir, moins de temps pour m’investir dans la vie de Bihorel que je n’en ai eu ces dernières années.
Non, je ne déménage pas demain, ni dans trois ou six mois.
Non, au contraire d’une rumeur qui m’est revenue aux oreilles, ma maison n’est pas en vente. Peut-être ferai-je tout simplement partie, dans quelques mois, et ce n’est pas encore évident, de ces nombreux Bihorellais qui ne sont pas forcément chez eux tous les soirs, du fait d’un lieu de travail, parfois trop éloigné.
En commençant ce bilan, je voudrais vous dire à tous, un simple merci pour les vrais moments de confiance que nous avons eus dans nos conseils municipaux, dans nos commissions, au CCAS, pour la qualité de nos discussions, y compris quand nous n’étions pas d’accord.
En mars 2001, au début de la mandature, je savais déjà que je pouvais compter sur Marc, Martine, François et André, … Depuis, j’ai appris à découvrir les qualités de cœur de l’ensemble des conseillers municipaux, à découvrir la volonté commune d’œuvrer pour le bien-être quotidien des habitants de Bihorel.
Ce n’est pas mon rôle, ni ma volonté ce soir que de donner des « bons points » à untel ou untel, mais je voudrais souligner combien j’ai apprécié tout au long de ces années, l’honnêteté foncière de Daniel Delaunay avec qui j’ai eu un vrai plaisir à travailler sur des sujets quelquefois compliqués.
Ceci dit, et malgré cette émotion de fin de mandat, j’ai du mal à parler de ce débat d’orientations budgétaires sans me dire, comme sur beaucoup d’autres domaines de la vie municipale, que nous nageons en plein surréalisme.
En effet, n’est-ce pas surréaliste de parler d’orientations budgétaires alors qu’on sait que d’années en années vous ne réalisez qu’un peu plus de 55 % des investissements budgétés ?
N’est-ce pas surréaliste de dire que toutes priorités 1 ont été inscrites, quand on se rappelle que des priorités 1 traînent depuis des années dans les restes à réaliser ?
N’est-ce pas surréaliste de parler de vision moyen terme de la commune et de continuer à refuser de lancer un Plan Pluriannuel d’Investissements ?
N’est-ce pas surréaliste de parler de maintien des taux fiscaux alors qu’on sait que la commune va devoir prochainement commencer à régler les achats immobiliers de ces dernières années dont le poids financier est actuellement porté par l’EPFN (Etablissement Public Foncier de Normandie) ?
Ce mot de surréalisme, je l’ai, d’ailleurs, entendu plus d’une fois pendant et après la réunion publique sur le PLU. Je vous rappelle en vrac les réactions entendues ce soir-là :
- comment croire le Maire quand, la main sur le cœur, il se fait le défenseur de l’identité de Bihorel alors qu’il y a deux ans à peine, il voulait nous emmener dans un projet de fusion avec Rouen ?
- comment croire le Maire quand il parle de dynamisation de la commune, alors qu’il s’est tellement fourvoyé dans le projet du Centre Commercial du Chapitre qu’aujourd’hui la commune est sous la menace d’un procès qui peut coûter très cher à Bihorel ?
- Monsieur le Maire, mais comment ose-t-il dire qu’il n’a pas de projet alors que la commune achète plusieurs maisons ?
Sur ce point, Monsieur le Maire, vous vous êtes enferrés dans le « y a pas de projet », alors qu’il suffisait peut-être de rappeler que c’était une réunion sur le diagnostic et que des réunions sur les projets auraient lieu, ultérieurement, après consensus sur ce diagnostic.
- c’est quand même dommage, il est tellement sympathique, Monsieur le Maire !
Ces réflexions vous les avez entendues comme nous depuis cette réunion et alors que cette réunion était une bonne occasion de faire vivre la démocratie locale, elle s’est terminée chez de nombreux Bihorellais, dont je fais partie, par un sentiment de frustration.
Je n’ai pas voulu polémiquer ce jour-là, ce n’était pas le lieu, mais soyons sérieux, ne nous dites pas comme vous l’avez dit ce jour-là, que vous ne pouviez empêcher l’arrivée du Crédit Agricole sur la Place de l’Eglise ! Ne nous faites pas croire que certains travaux nécessaires pour permettre à une agence bancaire d’être rentable n’ont pas reçu l’accord de vos services !
De même, j’ai cru halluciner quand, à la demande de Gérard Bossaert sur la mise en ligne sur le site de Bihorel du diagnostic de l’architecte, vous avez répondu avec un aplomb superbe « c’est une excellente idée, il faut que le site de Bihorel soit le reflet de la démocratie locale », alors que vous refusez mordicus que soient mises en lignes les discussions du Conseil Municipal, qui plus est au nom de la place disponible sur le site de la ville où vous avez inscrit plus de 100 pages de rapport de l’architecte.
Les paroles, les actes, le grand écart entre les deux, cet écart est la première raison pour laquelle les Français se détournent de la politique, les Bihorellais aussi.
Rappelez-vous, Monsieur le Maire, la discussion houleuse sur la Zone Franche, où vous nous avez expliqué sèchement que la zone ne pouvait être étendue, pour vous réjouir … quelques temps après … qu’elle ait pu l’être.
Rappelez-vous aussi, que, plus Sarkozyste que ça tu meurs ! Vous êtes devenu « majorité présidentielle » par un simple coup de baguette magique entre les deux tours, en soulignant notamment la qualité d’ouverture du nouveau président, alors que vous-même aviez refusé le moindre poste d’adjoint à l’opposition en mars 2001.
Autre temps, autres mœurs, mais c’est vrai que ce sont des exemples parmi d’autres qui font qu’à coté de vraies richesses humaines connues depuis six ans au sein de ce conseil, de rencontres de qualité qui m’auront réellement marqué, une certaine forme d’amertume existe au fonds de moi par rapport à la vision idéale que j’avais du rôle d’un élu.
Sans même parler du sentiment assez triste, à la lecture du dernier bulletin municipal et à la réponse soi-disant anonyme de la majorité municipale (merci M. FERRES pour cette leçon de courage !!) à mon article sur la Transat.
Dire que vous n’êtes pas d’accord sur les propos de mon article , c’est votre droit, mais de là à prétendre que je n’ai pas étudié le dossier alors que nous avons étudié en détails en commission des Finances le contrat d’affermage lors de son renouvellement, que Daniel Delaunay a pris le temps de nous expliquer le cheminement des renégociations et les raisons notamment sécuritaires de votre choix en faveur de la société Vert Marine, ça s’appelle de la calomnie gratuite.
En plus, dire que nous n’avons pas regardé les comptes de gestion de la piscine, quand on se rappelle que les comptes 2005 avaient simplement oublié la TVA – excusez du peu – c’est assez amusant. Mais… comme le dit le dicton « calomniez, calomniez , il en restera toujours quelque chose »… Ce n’est pas ma conception de la qualité d’un élu.
Vous avez l’impression, peut-être, qu’on est loin du débat d’orientations budgétaires. Mais en fait pas du tout !!
La première des orientations budgétaires, c’est de savoir si nous devons vous faire confiance pour piloter la commune.
La confiance a une vertu cardinale, elle ne se divise pas.
On verra en mars prochain si les Bihorellais et les Bihorellaises vous renouvellent leur confiance.
Si ce n’est pas le cas, vous comprendrez aisément que nous ne nous sentirons pas engagés par vos orientations budgétaires de ce soir.
Merci Monsieur le Maire. »
Pierre-Alain ARMAND
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